PubGazetteHaiti202005

Bas-Artibonite: plus de 1.690 personnes tuées, blessées ou kidnappées de janvier 2022 à octobre 2023, selon le BINUH 

Gang Gran Grif ( Artibonite)

Dans un rapport de situation publié ce mardi 28 novembre 2023, le Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et le Haut- commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) disent avoir recensé  plus de 1.690 personnes tuées, blessées ou kidnappées de janvier 2022 à octobre 2023 dans le Bas-Artibonite. Le BINUH en profite faire des recommandations, notamment le déploiement urgent de la force multinationale en vue d’aider la PNH à combattre les gangs armés.



Le rapport s’est concentré sur le Bas-Artibonite, qui a connu une augmentation significative de la violence des gangs au cours des deux dernières années. Entre janvier 2022 et octobre 2023, au moins 1.690 personnes ont été tuées, blessées ou kidnappées dans le Bas-Artibonite, selon le rapport.



Les enlèvements contre rançon par des groupes criminels sont devenus une crainte constante pour les usagers des transports publics du Bas-Artibonite, note le rapport, indiquant que plus de 1.118 personnes ont été enlevées entre janvier 2022 et octobre 2023.



Pour illustration, le BINUH évoque le cas d’une certaine Darleine âgée de 22 ans qui a été traînée hors d'un bus en mars de cette année par des membres d'un gang, qui l'ont retenue captive pendant plus de deux semaines et l'ont battue et violée à plusieurs reprises. Selon le rapport, quelques semaines après sa libération, elle s'est suicidée.



Au bas de l’Artibonite, selon le rapport, au moins 20 groupes criminels, incluant les gangs et les groupes d’autodéfense, sévissent actuellement. Ces derniers sont sans pitié pour la population. « Sans être mutuellement exclusifs, leurs modes d’actions sont propres au milieu rural (vols des récoltes, embuscades à proximité des marchés et attaques des infrastructures agricoles), tout en empruntant des tactiques employées par des gangs de la zone métropolitaine de Port-au-Prince (meurtres, enlèvements contre rançons et violences sexuelles) », explique le rapport des institutions onusiennes.



Ces derniers ont profité à la fois d’un renforcement de leurs capacités opérationnelles et d’un manque de réaction de la police, pour étendre leur champ d’action. « Par exemple, le groupe Kokorat San Ras qui, entre 2018 et 2021, concentrait ses activités dans la localité Ti Bwadòm (commune de Gros Morne), a progressivement investi la zone de La Croix Périsse (commune de l’Estère), à partir de janvier 2022. De même, le gang Gran Grif qui était initialement actif dans la localité de Savien (commune de Petite Rivière de l’Artibonite), a commencé au courant de l’année 2021 à étendre sa zone d’influence dans les localités de  Moreau Dwèt, Moreau Pey et Patchwal (commune de Petite Rivière de l’Artibonite), Pont Sondé (commune de Saint Marc) et Desarmes et Deschapelles (commune de Verrettes) », détaille le rapport.



Composition des gangs 



Ces groupes sont composés d’une quantité importante de membres, selon le BINUH qui révèle que les groupes Kokorat San Ras et Ti Grif « disposeraient chacun d’une trentaine de membres tandis que celui de Gran Grif se composerait d’une centaine de personnes. »





« De son côté, la coalition de Jean Denis compterait une cinquantaine d’individus. Quant aux gangs de Raboteau et de Descahos, présents dans la commune des Gonaïves, ils regrouperaient, à eux deux, une centaine de personnes. Au total, selon les estimations du SDH, le nombre de membres des groupes criminels approcherait les 750, en comptant ceux associés aux groupes d’autodéfense », confie le rapport.



Armement



Ces groupes, selon le rapport, ne possèdent pas tous le même armement, certains étant plus armés que d’autres. Au moins cinq gangs (Descahos, Gran Grif, Kokorat San Ras, Raboteau et Ti Grif), selon le rapport,  disposent de fusils semi-automatiques de type AR 15, M1, M4, M16, T65, Galil et des pistolets qu’ils achètent grâce aux rançons des enlèvements et/ou aux détournements de marchandises. « Les groupes d’autodéfense, quant à eux, possèdent généralement des armes blanches (notamment des machettes et des couteaux) et quelques fusils récupérés lors des confrontations avec les gangs », précise le rapport.



Les armes à feu et les munitions en possession des gangs a l’Artibonite  sont généralement achetées auprès du gang Village de Dieu et d’autres intermédiaires présents dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon ce qui est écrit dans le rapport qui souligne que des individus vivant en dehors du pays seraient aussi en mesure d’acheminer des armes en Artibonite par voie maritime ou terrestre.



Financement



D’après le rapport, les groupes criminels de l’Artibonite recevraient des appuis d’acteurs politiques et économiques extrêmement influents pour mener leurs activités. Et ces personnalités politiques s’appuieraient en retour sur ces gangs pour créer de l’instabilité, assouvir leurs ambitions politiques, contrôler des secteurs de l’économie et faciliter les trafics illicites en contrôlant les axes routiers.



Le BINUH rappelle qu’en septembre 2023, le rapport du Panel d’Experts a mis en exergue des liens spécifiques entre, d’une part, certains politiciens et /ou acteurs financiers haïtiens, et d’autre part, les gangs. « En l’occurrence pour l’Artibonite, ils ont établi que Prophane Victor, ancien parlementaire de Petite Rivière de l’Artibonite, et Youri Latortue, ancien Président du Sénat entre 2017 et 2018, avaient financé et armé respectivement les gangs de Gran Grif et de Raboteau pour commettre des exactions. Ces deux politiciens, ainsi que Gracia Delva, ancien sénateur de l’Artibonite, ont par ailleurs été sanctionnés financièrement par d’autres pays dont les États-Unis et le Canada. Youri Latortue a ainsi été sanctionné en novembre 2022 par le Canada. Il a aussi été sanctionné par les États-Unis d’Amérique. Quant à Prophane Victor et Gracia Delva, ont tous deux étés sanctionnés en juin 2023 par le Canada. Dans une moindre mesure, certains groupes d’autodéfense, tels que la coalition de Jean Denis, recevraient le soutien financier de la diaspora haïtienne originaire du Bas-Artibonite pour combattre les gangs rivaux », poursuit le BINUH dans ce rapport.



Pour le Bureau intégré des Nations unies en Haïti, ces groupes pillent les propriétés, les récoltes et le bétail des agriculteurs et détruisent les canaux d’irrigation. Cette situation contribue « au déplacement de plus de 22.000 personnes de leurs villages ce qui réduit considérablement la superficie des terres cultivées, augmentant ainsi l’insécurité alimentaire. »



Toujours selon le rapport, « En septembre 2023, plus de 45% de la population du Bas-Artibonite était en situation d’insécurité alimentaire aiguë. La violence des gangs a également empêché de nombreuses familles d’agriculteurs de rembourser leurs dettes ou d’accéder aux services de base »,



Des efforts accrus devront être déployés pour renforcer les institutions de l’État de droit en Haïti, en particulier la police, le système judiciaire et le système pénitentiaire, croit le BINUH.



En guise de recommandations, le BINUH appelle « au renforcement des forces de police et au déploiement le plus rapidement possible de la mission multinationale d’appui à la sécurité, dans des conditions conformes aux normes et standards internationaux en matière de droits de l’homme, telle qu’adoptée par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans sa résolution 2699 (2023). »


Le BINUH invite par ailleurs le conseil de sécurité de l’ONU à mettre à jour la liste des personnes et entités visées par des mesures de sanctions « pour avoir appuyé, préparé, donné l’ordre de commettre ou commis des actes contraires au droit international des droits de l’homme. »




La mission multinationale votée par le conseil de sécurité des Nations unies pour aider la police nationale d’Haïti les gangs est toujours dans l’impasse. Aucune date n’est encore arrêtée pour le déploiement de cette force qui sera dirigée par le Kenya.







Par: Daniel Zéphyr

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